mercredi 8 décembre 2010

Py & Mathis @ Bastille, histoire d'y croire

A. et la tentation c'est comme une invitation au plaisir, la moutarde et la fleur d'oranger en plus. Alors si t'es prêt à braver le froid, la foule, le troisième âge et les conventions, il y a des chances pour que tu croises Lambert à l'Opéra Bastille.  Je m'explique: Hindemath, je ne le connaissais pas mais, avec toutes mes questions existentielles, je me suis dit qu'une oeuvre écrite entre 1934 et 1938 par un berlinois très sensible au parcours d'un peintre "prenant la défense des malheureux, recherchant la justice et créant malgré tout", ça ne pouvait pas me faire de mal. C'était sans compter sur la musique et sur la lumière, parce qu'Olivier Py et Paul Hidemath s'étaient un peu ligués contre le public et qu'il n'y avait pas de neutralité possible, pas de distanciation qui compte.

Et c'est pour ça que je parle de conventions, non pas tant parce que c'est rock'n'roll d'aller manger du sandwich maison assise sur les marches à l'entracte, pas plus que de faire partie de la tranche d'âge la plus basse du public (pour tout te dire, lecteur, je ne sais pas si on peut parler de tranche dans la mesure où le public était grosso merdo du 3e âge et qu'on faisait plus cheveu sur la soupe que cerise sur le gâteau), mais plutôt parce que t'as beau te la péter en catégorie A à l'opéra, t'en chies comme les autres. Sur scène, les décors mouvants sont d'une splendeur qui te fait baver et te rappelle les meilleurs moments de Burton, les acteurs justes et le sujet crucial. D'autant que ça te touche, le côté "à quoi bon" de l'art quand il y a la famine dans le tiers monde et sous ta fenêtre. Et tu ne craches pas non plus sur l'occasion pour constater que ton allemand est toujours là, bien rangé dans la case LV5B2bis de ton cerveau.

"Bref"

Tout ça pour dire qu'au bout d'un certain temps, tu remarques que le connard gâteux derrière toi se racle vraiment salement la gorge et A. lui dit tandis que la personne derrière lui l'incendie pour mouvements non conventionnels. C'est là que tu te rends compte que oui, tu souhaites sa mort à ce vieux con qui te pourrit ta soirée snob alors que sur scène, un ruban rouge coule inlassablement et des femmes meurent de chagrin. C'est que c'est long un opéra: il y a deux entractes. Au début de la dernière partie, tu te surprends même à penser à ton lit et, discrètement, tu te tapes sur la main, sacré toi! Puis le tourbillon et les seins nus. L'orgie des sons et des images, le tableau de chair fraiche et la mort. L'amitié, en dernier ressort. 

Alors quand les gens se lèvent et se cassent sans dire au revoir, tu voudrais les attacher à leur fauteuil parce que tu n'es pas sûre d'avoir tout saisi mais ce qui est certain c'est qu'il faut dire merci à un mec qui trouve les mots pour dire "l'art c'est pour ça, c'est comme ça et il le faut." Même si c'est dommage de devoir aller à l'opéra pour l'apprendre.


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