vendredi 18 mars 2011

Trivier & Guibert @ La Maison Européenne de la Photographie





C’est une histoire de temps d’incubation. Parfois à l’instant T. de l’expérience, au moment du vécu, je sais les mots et le sens à venir. Ils se pressent sur le clavier, en rang d’oignon, trépignant d’impatience à l’idée d’exprimer. D’autres fois, comme celle-ci, les jours s’étirent et les organes chavirent : que dire ?

A. m’avait dit Guibert et Trivier m’intriguait. La liberté, l’amour et la mort. Les regards fixes tendus vers des objectifs neutres, perçant nos squelettes et rongeant l’insensibilité aseptisée du visiteur de musée. La pudeur ou l’impudeur et la claque du corps décharné boxant, pédalant dans le vide, luttant sans lutter contre l’inéluctable fin : mort.

Louise, Suzanne : que pensez-vous du suicide ?

Parce que finalement, pourquoi attendre la confirmation de la souffrance, pourquoi se laisser aller à devenir spectateur quand on peut encore être acteur ? C’est ce que nous disent les photos d’Italie. C’est mon cœur atrophié hurlant à perdre haleine : qu’il est beau ce jeune homme, qu’il est laid ce mourant. C’est l’acharnement à dire vrai quand tout est mensonge, à s’entendre dire que l’amour impur est la raison du plus faible, qu’entre les phéromones et la convention seule la seconde apporte le salut quand la première s’habille de chimie pour cacher sa magie. C’est admettre enfin que la vie n’est qu’une foutaise, sur la terre comme au ciel et que manger aujourd’hui notre pain de ce jour est à peu près la seule chose à faire quand on sait qu’on finira tous un torchon sur la tête, comme dans les photos de Trivier.

Il fallait les voir, les photos de ces vaches à l’abattoir pour pouvoir sourire aux blagues du sidaïque, pour apercevoir enfin son film impudique sur la pudeur. Leurs corps effrayés ponctuant les interminables séances sur le siège des toilettes, les jambes rachitiques tremblant sous la violence des tripes débridées. Les larmes qui coulaient sans couler dans les yeux des visiteurs et toute la sainteté de la photo, image réelle déposée sur feuilles de jour.

Il y a d’autres étages à la Maison Européenne de la Photographie, mais à trop charger la mule, on finit par la tuer.

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