mardi 7 juin 2011

Heureux qui comme Ubu se joue de la Comédie

Je m’octroie donc le droit de sauter quelques lettres de l’alphabet, de faire un pas de géant bref, de zapper ce qui m’a plu et pourrait t’intéresser pour te parler de D. Encore elle, oui. C’est qu’elle a déjà établi le plan d’occupation de ses valises et mis un pied dehors, bientôt je ne la verrai plus. C’est qu’il lui reste tant de choses à voir. Elle a beau connaître son Joe Dassin et te parler de ces amants-là, ceux qui font des volutes de sèches au menthol, elle ne sait rien de Michel Fugain et va pourtant quitter Paris. Sale temps pour les mouillettes de l’amitié. Donc.

Elle ne connaissait pas la Comédie Française. Elle savait qu’Ubu est roi mais pas que la Mère Ubu est une salope. Toute une éducation à refaire. A commencer par les sièges de derrière, ceux où il faut s’agenouiller pour voir une demi-scène. C’est que tu vois, je me suis dit que l’imagination pourrait remplir les zones d’ombre et, par un effort surhumain du cou tordu et du buste penché, redessiner les silhouettes et établir un rapport entre le texte perçu et le rythme des pas sur la scène. C’est qu’à défaut d’être crésus on est patientes et qu’on a eu les places les plus pourries de la Comédie. Mais.

Le texte était là et les comédiens aussi, plus vrais que nature et, plus puissant qu’un tyran, Ubu nous a embarquées. Car tout en écoutant ce texte connu et en pensant à sa genèse et au batteur de touches qui y réunit du classique et du personnel pour te balancer une bonne grosse claque universelle, je me suis bien marrée. J’veux dire : rien ne tient et tout part en couille. La caricature du théâtre qui se joue au théâtre et les biens mis qui se poilent sans vraiment comprendre de quoi il s’agit. Mais bon, puisque c’est la scène de la Comédie et qu’on l’apprend aux enfants à l’école. Et puis en plus on connait Macbeth qu’on pourrait lire en simultanée. Non ? Tu ne crois pas ?

Résultat, au bout d’un certain temps, on s’est dit que nos places n’étaient pas si pourries puisqu’on pouvait voir une autre scène, celle du rang d’oignons paumés dans l’ombre. Ils avaient beau avoir le jeu statique et la mine déconfite, ils n’en étaient pas moins parlants.


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