jeudi 7 juillet 2011

Au point

Ce n’est pas que je ne t’aime plus. Ce n’est pas non plus que je t’ai oublié ou que le temps me manque. C’est peut être une petite crise de légitimité. C’est surtout qu’avec le temps je m’intéresse plus aux liens entre les choses qu’aux choses elles-mêmes. Déjà que je me foutais pas mal de l’avis qu’ils pouvaient avoir sur ces mêmes choses. Parce que tu vois, ces derniers temps, j’ai fait des choses, j’en ai fait pas mal. Assez pour être convaincue que je suis la réincarnation d’un œil aiguisé aux soupirs de l’entre-deux-guerres. Si, j’te jure. J’ai fait Paris, j’ai fait Berlin. J’ai fait musée, j’ai fait galerie. J’ai fait théâtre et cinéma. J’ai même lu et un peu écrit. Si j’étais honnête, j’irais jusqu’à te dire que j’ai pensé ne plus écrire, que j’ai cherché à me taire.

Il en résulte que je me souviens très bien de Beckett à la Madeleine. Que c’était même un très grand moment de théâtre que cette Fin de Partie. Je me suis un peu assoupie, mais Othello m’avait fait ça aussi alors que c’était tout de feu et de flammes, cohérent, stressant, violent et mouillé. Fin de Partie, ça m’a rappelé Bacon, l’évêque en queue de pie. Les couleurs océan et la gestuelle incroyable de Hamm. D. m’avait raconté qu’il n’avait joué que du Beckett toute sa vie et J. a pensé comme moi, les tripes retournées, qu’il s’agissait de l’histoire du père. Toujours la même. Je sais donc maintenant que mon C. est un Clov mais ne suis pas plus avancée. 



Aussi, et c’est là que je veux en venir, puisque ça date d’aujourd’hui, je découvre quelque chose de la femme aujourd'hui. Pas de généralités, attention, je n’en ai que deux en tête mais elles sont là et elles sont belles. Elizabeth Peyton, qui vit et travaille entre NYC et Berlin, je l’ai vue dans l’air climatisé de la Gagosian Gallery où je me sentais un peu conne, seule, vulgaire et dépeuplée. Frédérique Lucien, elle je l’ai vue au musée Zadkine. Dans les deux cas, ce n’était pas elles que j’étais allée voir. Dans les deux cas, je n’avais pas du tout les outils critiques nécessaires pour y comprendre quoi que ce soit. Et dans les deux cas, j’ai souri, aimé, chéri. C’est frais et presque romantique. En plus moderne, subtile et simple peut-être. Innocent et averti. Les tons évoquent la chair, évoquent les draps, évoquent la pluie. Les formes évoquent le corps, évoquent les gestes, évoquent l’atmosphère.




On va voir le dedans de soi sans psychanalyse et sans infrarouge. On va voir le dedans de soi pour dire comme c’est Beau. Comme c’est dehors aussi, les rerum natura, la vanitas. Comme c’est simple. Une enveloppe. Et l’obsession de la bouche, des lèvres. Le travail à la fois sur la représentation (du menton à la moustache) et sur le sens (anatomique et proverbial). Comme pour ces choses-là, le silence est roi.

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