dimanche 4 novembre 2012

Mircea Cantor – Duchamp @ Beaubourg

quand les femmes leur étaient inconnues et leur abandon à des discours sur l’amour et l’âme qui n’ont rien à voir avec la réalité présente et qui les réunit et, enfin, la solitude de Pylade à la fin de la nuit qui, avant l’aube devra bien prendre une décision. Pasolini - Pylade

Moi tu sais Beaubourg. Toujours. Surtout les minorités. Le Prix Marcel Duchamp. Cette année la Roumanie.  Moi tu sais la Roumanie. Et puis Don't judge, filter, shoot. C'est attirant comme titre ça donne envie de rentrer là comme ça. Et d'emblée, t'es pris au piège puisqu'il y a cette vidéo qui dure quelques secondes mais qui ne s'arrête jamais et que tu peux pas t'empêcher. Jusqu'au moment où t'imagine que le gamin fait ce que tu crains. Les couteaux dans la chair. La douceur de sa chair. Et finalement le plaisir un peu pervers que ça te procurerait que les couteaux glissent enfin et tombent là sur la blancheur de ses bras. Mais simultanément tu dis tu sais que non ça serait terrible. L'histoire pourrait se répéter comme ça éternellement. L'expression du visage enfantin indéchiffrable. Certainement pas angélique. Mais la beauté de ses bras et la vigueur de son souffle. Wind Orchestra que ça s'appelle. Et c'est cruel. 

Quand tu t'arraches à ça tu dois longer un couloir et t'entends les percussions dans la salle au fond. C'est beau c'est blanc c'est propre et minimal. Les couleurs minérales. La majesté de la démarche circulaire de la femme qui déroule un fil noir. Le drapé de sa robe théâtrale. La netteté de son profil et tous ces badauds à ses pieds. Déshumanisés. Juste encore toujours ce bout de bras de chair fraîche et belle et tendre en comparaison avec la dureté des cuisses de la femme qui marche dans le cercle ainsi formé. Le fil noir qui se déroule et la pause. L'allumette, c'est le seul détail, sort d'on ne sait pas où. Regarder la vidéo mille fois et ne jamais savoir ne jamais même se poser la question de cette apparition. Là, penchée coulée sur le fil la femme y met le feu puis redéroule son trait de laine irrégulier sur la main déjà une fois brûlée suivant la flamme. Le rythme s'intensifie, s'agit de pas perdre le feu. Et au passage les plans serrés sur les mains qui frémissent et la beauté de ces doigts, du pli, des spasmes.Sic Transit Gloria Mundi, c'est écrit sur le mur c'est écrit sur la toile entre chaque cercle, pas, feu, mains. La Grèce antique et les paysans du Moyen Age ou des entrailles de la Roumanie. Le pays des vampires tu sais. La soif du sang. La beauté fascinante de cette flamme qui à chaque passage fait tressaillir la chair malgré les bandes et sursauter les doigts qui pourraient tout aussi bien être ceux de mourants ou de jouissants c'est tout pareil finalement.

"Plaisir/Jouissance: terminologiquement cela vacille encore, j'achoppe, j'embrouille. De toute manière, il y aura toujours une marge d'indécision; la distinction ne sera pas source de classements sûrs, le paradigme grincera, le sens sera précaire, révocable, réversible, le discours sera incomplet."
Roland Barthes,  Le plaisir du texte


//Picture home and hand made//

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