samedi 12 janvier 2013

Anna Karenine @ UGC Normandie

Cougar de paille

Rendez-vous donc sur les Champs avec pour seule ambition l'envie de revoir l'artiste amie et puis éventuellement de rire. Au sens où le manque de subtilité est attendu et l'histoire connue. Cela dit, c'est toujours un peu drôle de voir une narration lue rendue en image. Parce que mon Vronski n'aurait jamais ressemblé à ça, parce que le comique des diverses situations m'avait échappé et surtout parce que la morale bourgeoise ne me semblait pas tellement présente. Dans le roman j'entends.

Le fait que le film de Joe Wright soit un film de Joe Wright joue beaucoup. Sa muse a tout juste assez vieilli pour passer de la jeune ingénue de Pride and Prejudice à l'irrésistible femme cougar, Anna. Bien entendu, ce film étant un film de Joe Wright, ce n'est pas Anna qu'on voit mais Keira Knightley. Et ça personne n'est surpris parce qu'elle est belle Keira dans l'oeil de Joe. Superficielle et belle, hyper sensible, comme une peau chargée d'électricité que la caméra tenterait à la fois d'apaiser et d'utiliser pour faire frissonner le spectateur, lui donner à lui aussi envie de chair mais de chair parfaite. Techniquement et si ce qui était intéressant dans le geste d'aller au cinéma était la technique on pourrait dire que Wright a fait comme il fait toujours mais en plus limpide et plus clair: voulu le beurre et l'argent du beurre. Explorer les interstices de l'histoire tout en la rendant bankable, comme s'il était possible d'à la fois caresser le spectateur dans le sens du poil (de le faire fantasmer à des vies luxueuses où la passion est belle et forte, où l'homme est noble, où la société est vaine mais le héros merveilleusement fort, même dans la mort) et de le perturber à coups de nuances. On se demande en ce sens ce que Wright penserait du roman Fifty (fucking) Shades of Grey et il est probable que sa réponse à la question donne l'éclairage nécessaire à la compréhension (pour qui n'aurait pas encore compris) de sa vacuité en tant que bon anglais bien poli et qui filme le vice et la vertu mais surtout la beauté, quoi qu'il arrive la beauté, sans majuscule aucune.

Mais ce serait faire un faux procès et perdre du temps inutilement. On sait à quoi s'attendre en allant voir ce genre de film et qu'on y aille ou pas, le film ne surprend pas, c'est là son rôle premier. Ensuite oui pourquoi pas revivre le souvenir de la lecture d'Anna et se rêver soi-même cougar irrésistible tout en sachant que oui mais non manque le costume et dans la vie on transpire et on a un coeur qui bat à cause justement de ce qui différencie la vie du film: imprévisible et cruelle. Surtout, les ficelles de Wright ont beau être grosses elles fonctionnent, le corps la chair et l'envie ne sont pas tout à fait dégueulasses. Le divertissement en ce sens est total. D'autant que tout à coup l'histoire personnelle et l'histoire vue se mêlent, une histoire de nombre d'amants et de hiérarchie peut être. La fausse compréhension des autres et leurs véritables accusations. 

 

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