vendredi 26 décembre 2014

20000 Days on Earth

And Shivers down my spine

Il y a cette idée selon laquelle le monde n'existe qu'en moi et pour moi. Et puis celle selon laquelle j'écris pour résister à l'instant qui s'efface avant d'éclore. Nick Cave les partage. Mégalomaniaque à l'extrême et pourtant délicat. Délicat maniaque de l'ego. Emblème historique dont P. m'a dit qu'il était mort depuis longtemps. On pourrait tout aussi bien douter de son existence et dire qu'il doit tout à certaines circonstances qui seraient de l'ordre d'un contexte économique et politique. Dans la foulée des 20 000 jours de Nick Cave sur cette terre je verrais Autoluminescent - au sujet de l'incandescent Rowland S. Howard. Deux poids deux mesures - l'histoire du rock'n'roll tient, comme n'importe quelle autre, aux symbioses autant qu'à leurs ruptures.

Et puis il y a tout ce qui n'est pas de l'ordre de la passion qu'on peut tout à fait légitimement avoir pour le monstre Cave. La technique d'écriture et de montage, les paysages de Brighton (tant maritimes que météorologiques), la classe d'une vieille jaguar et le kitsch d'un faut psy qui s'intéresse au père. L'érosion dont on ne sait si elle est due aux temps ou aux mœurs. La narration par nappes successives où images et sons se chevauchent avant d'abruptement se séparer pour laisser place à un récit dont l'authenticité n'a d'égale que sa démesure. L’ambiguïté qui grince parfois, rappelant les romans du singer-songwriter, et l'image parfaitement lisse de ce personnage sensément dandy mais quand même capable de porter des souliers pointus associés à de vulgaires chaussettes violettes à pois. Son corps rachitique qui n'imprime pas le passage du temps tandis que ses yeux luisants, brillants, strillés de rouge fascinent autant qu'ils répugnent. Pervers ou génie se demande-t-on l'espace d'un instant avant de se laisser happer par la scène explosive. La créature qui se déchaîne avec son micro n'est pas humaine, on nous avait prévenu. Il est possible qu'on pleure autant que devant le Roi Lion et que se soit la preuve du côté mercantile de l'histoire. Il est possible que les larmes n'aient rien à voir. On Jubilee Street, there was a girl named Bee.

Enfin, pouvoir entendre parler du chewing gum de Nina Simone et de la folie du Killer Jerry Lee Lewis dans un dialogue délirant. Voir la naissance de morceaux. Regarder Warren Ellis créer. Cave lui-même douter (mais pour de faux, il faut bien que la fiction serve à quelque chose).



Aucun commentaire: