mercredi 21 janvier 2015

Peter Brook Fragments Beckett @ Bouffes du Nord


Another creature like herself
A little like
Going to and through

Trois acteurs mille personnages à moins que non un seul. L'enjeu affiché est le comique. Que le tragique n'est pas glauque et posé et attendu. Qu'il n'y a pas une lenteur désespérée ou des hiboux dans les coins. Qu'on peut en rire. On a toujours pu rire de Beckett comme on a toujours pleuré devant Molière, la question n'est pas là. 

Il y a le cadre incroyable des Bouffes du Nord, le génie de Brook et les comédiens. Les comédiens parce qu'il semble à chaque fois impossible qu'ils soient autre que ce qu'ils incarnent bien qu'en même temps on voie très clairement des acteurs en train de jouer. Le texte. Les mots-matière. N'importe quel poète le sait ça en entendant Rockaby avec ce corps-là en plus pour le jouer et cette voix pour le dire. Le flot de mots de la folie qui n'en est pas une puisqu'elle est lucide absolument et qu'elle ne se plaint pas. Caricaturale, l'essence-même. Surprenante de circonvolutions, prière lancinante contre le poids de la vie. Surprise quant à l'existence même du cerveau qui pense, des mains qui se tordent et de la bouche qui émet. Le regard qui ne sait où aller tant les options sont nombreuses. Par où faudrait-il commencer. Les jambes qui ne savent où se poser tant le monde est vaste. Trop vaste pour faire demi-tour. On n'a qu'à se laisser mourir dans un rocking chair.  

Et les mots des autres et l'autre est-il veut-il peut-il 
m'aimer 
sauf que non impossible il colle à la peau ne comprend rien je ne m'attendais pas à ça ça pue je préfère seul le violon la harpe ou l'harmonica (mouth organ) et ma jambe en moins. On ne comprend rien et on préfère penser absurde même si au fond ces deux-là ce sont des êtres humains et bien que l'autre ne doive pas apprendre ce que l'on sait d'elle ou lui il ne faut absolument pas fermer nos stores mais au contraire les laisser grand ouverts, disponibles et pleins de vie de celle que tous les globes oculaires perdus rêvent de saisir. 

Une grande leçon de vie. 

Fragments - Act without words II Beckett - Peter Brook


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