samedi 26 mars 2016

Exit @ Musée de l'Immigration

Ailleurs commence ici

C'était déjà au Palais de Tokyo cet hiver, dans sa mise en espace muséale. C'est-à-dire sous forme de projection dans une salle circulaire et sombre, englobante, où le public s'installe à même le sol, fraternité silencieuse. D was with me. Il y avait eu l'impatience: voir enfin cette oeuvre. Et il y a eu la réception: une émotion qui aurait à voir avec la prise de conscience de ce qui est (les flux humains, économiques, les langues qui meurent, les arbres qui tombent) mais qui serait bien au-delà - conscience d'une sorte de déracinement contemporain de l'être.  Les informations présentées sont le détail de ces données connues de tous. Et niées. Pas d'une négation volontaire et désinvolte. Plutôt rangées dans ce coin de l'âme qui a à voir avec la culpabilité plombante dont est pétri cet instantané éternel dans lequel s'inscrivent nos vies. Et qui tout à coup s'installe sans accuser dans un rapport d'horizontalité avec le public. Il n'y a pas d'injonction, pas de condescendance, pas de morale. Il y a les faits, qui sont aussi vrais et relatifs que tous les faits du monde. Il y a le rythme. Et il y a la sensation qui émerge: je suis enfin reliée à mon savoir, je sens ce que je sais. Douleur salvatrice. 

Diller et Scofidio + Renfro, Virilio, la Fondation Cartier. Pour qui connaît, une certaine forme d'évidence formelle (intellectuelle, sensible, artistique, "géographique" - au sens de mise en espace). Le mot d'engagement qui émerge. Mais un engagement qui n'est pas sensationnel et qui permet la liaison. 

Lors de la présentation au Musée de l'Immigration, quelques mots sont échangés. La question de ce que doit être la conservation d'oeuvres aujourd'hui (et des oeuvres d'aujourd'hui), de la portée pédagogique (qui limite si on s'y cantonne), le contexte de la scène artistique. La joie de savoir que les choses continuent et que l'art se fait, malgré les cirques et les foires et les vernissages et les teasers. Le confort d'une certaine disponibilité naïve qui chez moi se dessine de plus en plus comme une arme.


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