mercredi 5 mai 2010

Beau laid

Il était très très beau et, surtout, il transpirait le sexe (malheureusement, on dirait que le sexe fait graisser les cheveux).

Parfois, on aimerait pouvoir être snob et dire d’une soirée « Ouais, j’y étais. Ben c’était pas terrible. »

Hier soir, quand j’ai commencé à compter les moutons pendant la première partie de Biolay, je me suis dit que j’avais enfin trouvé ma soirée bouc émissaire. Même qu’on est parties avant la fin, mon amie F. la claudicante et moi, pour boire un verre avant Benjamin, pour arrêter de se faire casser les oreilles par ce clone de Kate Nash qui aurait fait un bébé sans imagination avec Lili Allen.

Pourtant, nous, on avait tout donné pour s’assurer de passer la meilleure soirée possible. La F. qui tente, tant bien que mal, de gérer deux vilaines béquilles pour apitoyer les men in black de l’entrée, qui nous permet un accès VIP, des coupes de champagnes dans la salle vide du Casino de Paris. A., de toute beauté, qui nous photographie et nous parle de la réserve de mouchoirs qu’elle a prévue exprès. Bref, on était au top.

J’étais en train de me dire que la prochaine fois qu’on se retrouverait pour boire du pinard en mangeant du Picard, on éviterait d’acheter des places de concert pour le premier son larmoyant passant à la radio quand la lumière s’est éteinte et que mes poils se sont dressés. Sur scène, les mêmes men in black qu’à l’entrée, sauf que leurs chemises aussi étaient noires. Dans le fond, une bombe blonde aux jambes gainées dans un slim en cuir particulièrement seyant. Elle harpe, violone et chante avec grâce. Sur le devant de la scène, parfois au piano, un phénomène de sex appeal douloureux, un organe vocal inimaginable, des textes percutants. Happées par cette bête (de sexe, de scène, tout court), on s’est laissées emporter dans le monde torturé de Biolay, on a admiré son flow de rappeur, ses cris de métalleux, ses ballades si romantiques. On a aimé, on a pleuré. Il est dégueulasse quand il danse et ses cheveux sont un mystère, mais Biolay, si tu nous entends, on voudrait trois tickets pour une Brandt Rhapsodie avec toi.



Sometimes, I’d like to be the cool person saying about a thing I’ve done and that makes other people envious, “oh well, you know, it wasn’t that good.”

Last night, when I realized I was feeling bored while listening to the group playing before Benjamin Biolay’s concert, I thought I might have found my scapegoat night. F. my claudicating friend and I even left before the end, with bleeding ears thanks to the sound produced by a tasteless mixture of Kate Nash and Lily Allen. 

The thing is, you see, we had done everything we could to spend a great evening: F. doing her best to deal with two nasty crutches in order to soften the men in black protecting the entrance and thus allowing us a VIP access to the red velvet seats and champagne of the Casino de Paris, beautiful A. taking pictures and telling us how organized she is: we can shed as many tears as we wish, she has the handkerchiefs.

I was starting to think that I should be more careful and that our next red wine and frozen food session wouldn’t imply buying concert tickets for the first depressing tune playing on the radio when the light went out and a shiver down my spine. On stage, there's the same men in black we met at the entrance except those ones also wear black shirts. Behind them the light reveals a blond beauty whose legs were sheathed in a very becoming leather pair of trousers and it’s with grace that she harps, violins and sings. On the front of the stage, sometimes on the piano, there’s a distressing sex symbol, an unimaginable vocal organ and trenchant texts. Swallowed up by the stage and sex animal, we got carried along by Biolay’s tortured world, admired his hip hop flow, his heavy metal screams, fell for his romantic ballads. We loved, we cried. He’s disgusting when he dances and his hair is so greasy it’s unbelievable but Biolay, if you hear us, we’d like three tickets for a “Brandt Rhapsodie” with you.

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