dimanche 7 novembre 2010

Marche ou crève @ Louvre Rivoli

La journée au Louvre. Toujours quelque chose de convenu et l'angoisse du déjà vu, du surpeuplé, de l'over-noise et de l'oie gavée. Parce que vois-tu, me disait A., on ne peut pas tout retenir et on ne peut pas tout comprendre parce qu'on ne sait pas tout. C'est qu'elle me posait la question de la légitimité tandis que je me demandais si le bleu Récamier s'accordait avec mon service à thé. Mais, puisqu'assises sur le banc du Moyen Orient, nous nous demandions qui du cuivre ou des hormones serait plus nocif à notre futur corps hors corps, j'en conclus que les salles du palais sont prêtes à tout. On peut donc sans crainte décider d'appeler sa fille Juliette à 11h20 et se demander s'il y a un lien entre l'art de la guerre et la fertilité à 12h. On peut remarquer la vivacité des coups de crayons de l'esquisse que produit la dame en vert et regretter les couleurs effacées de certains tableaux. On peut décider que le programme de la visite, sa contrainte, est la fuite. On peut même assumer que la fuite est un art de vivre et que l'adolescence en bande n'attire pas forcément. On peut passer plus de temps assise que debout et on peut savourer le bruit de ses propres pas sur le parquet ciré. On peut venir pour la vue et on peut venir pour la foule.

C'est que le mastodonte parisien est un organisme à part qui ne demande pas forcément le recueillement: à 13h, dans le grand salon de Napoléon, l'alarme s'est mise à hurler et les hauts parleurs, avec leur voix sourde, nous ont vivement conseillé de quitter le musée; à 13h05 les gardiens circulaient en regardant le sol ou en se parlant doucement, évitant les touristes à tout prix; à 13h10 un gardien seul, coincé dans une micro-salle, eût le malheur de croiser mon regard. Il n'échappa pas à la question et sa réponse fût sans appel: "Lorsque les gardiens du musée vous ignorent, c'est que le haut parleur ment et qu'il faut continuer la visite." En d'autres termes, le Louvre est un lieu magique: il autorise l'erreur technique sans se froisser, il préserve la liberté, il permet tous les particularismes. Et c'est à ce moment que je me suis rendue compte que  la démesure  du musée, sa taille impersonnelle et sa surcharge d'objets m'offrait l'intimité, l'accès à ma façon d'être: j'aurais tout aussi bien pu y manger une grenade pour l'éternité.

Depuis, je rêve de donner rendez-vous à chacun de mes intimes en ce lieu pour les voir choisir l'aile ou la salle qui leur va, pour les observer réagir, pour partager leur état.



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