dimanche 21 novembre 2010

Rire jaune et groupies: Luchini & Muray @ l'Atelier

J'aime beaucoup le théâtre de l'Atelier, principalement à cause du trajet de Château Rouge à la place Charles Dullin. C. m'y avait autrefois invitée pour la Douleur et pour mon anniversaire.

Hier, Luchini y lisait Muray & Cioran et B. m'y retrouvait. J'aime beaucoup Luchini, comme j'aime beaucoup Paris et Joyce. Mais, plus encore, je crois que j'aime Luchini pour les mêmes raisons que Frêche me faisait sourire. Il plait et grince, il en fait trop et il dérange tout en étant consensuel mais sensible. Muray, je n'avais pas d'avis. Son travail sur Céline ok, mais ses nombreuses publications dans le Figaro me piquaient derrière les paupières. C'est que j'ai un rapport très personnel au Figaro.

Et puis il y avait cette atmosphère étrange qui faisait qu'on ne savait jamais si le public rigolait à cause du bouffon sur la scène, parce qu'il se sentait vengé d'une gauche trop molle et fier que cette vengeance ait lieu en son sein, parce qu'il le fallait ou encore par mimétisme. Cela dit, il y avait tout de même deux jeunes pimbêches en plastique branchées sur leur iphone juste devant moi, incapables de rire et encore plus d'applaudir. J'aurais pu leur accorder mon respect si elles avaient su réagir autrement que les yeux noyés dans le vide et le doigt hystérique et branché sur un écran de poche. Parce que, derrière le sur-jeu et la présence de l'Acteur, il y avait le texte percutant et l'impossible neutralité. Il y avait le sourire de Ségolène Royal et le chat de Chester, il y avait les emplois de Martine Aubry et le monde hyperfestif, il y avait Paris plage et la fête des voisins. Et, tout ce temps, comme autant de didascalies ou de gardes-fou, les commentaires de Luchini: "Je vous vois, la main à la bouche et l'oeil écarquillé...non, pas ça, pas elle, n'attaquez pas Ségolène!...mais comprenez ma bonne dame, c'est que j'ai voté Ségolène!...Et l'obsénité des gauchistes qui pleurent sur les gens qui crèvent dans la rue depuis leur résidence secondaire de l'Ile de Ré, comme si la droite organisait des festins avec vue sur la misère de la rue...Honnêtement."

Alors oui, le bât blesse et le rire pique un peu. Mais arrêtons de sourire comme des pantins et d'idéaliser nos gamins car le Tsunami n'est jamais loin dans l'Ile aux enfants.




TOMBEAU POUR UNE TOURISTE INNOCENTE ( Extraits )

MINNIMUM RESPECT / PHILIPPE MURAY




Rien n'est jamais plus beau qu'une touriste blonde
Qu'interviouwent des télés nipponnes ou bavaroises
Juste avant que sa tête dans la jungle ne tombe
Sous la hache d'un pirate aux manières très courtoises.

Elle était bête et triste et crédule et confiante
Elle n'avait du monde qu'une vision rassurante
Elle se figurait que dans toutes les régions
Règne le sacro-saint principe de précaution

[...]

Elle avait découvert le marketing éthique
La joie de proposer des cadeaux atypiques
Fabriqués dans les règles de l'art humanitaire
Et selon les valeurs les plus égalitaires

[...]

Sans vouloire devenir une vraie théoricienne
Elle savait maintenant qu'on peut acheter plus juste
Et que l'on doit avoir une approche citoyenne
De tout ce qui se vend et surtout se déguste

[...]

Dans le métro souvent elle lisait Coelho
Ou bien encore Pennac et puis Christine Angot
Elle les trouvait violents étranges et dérangeants
Brutalement provoquants simplement émouvants

[...]

Elle se voyait déjà mère d'élèves impliqués
Dans tous les collectifs éducatifs possibles
Et harcelant les maîtres les plus irréductibles
Conservateurs pourris salement encroûtés

[...]

Elle disait qu'il fallait réinventer la vie
Que c'était le devoir du siècle commençant
Après toutes ces horreurs du siècle finissant
Là-dedans elle s'était déjà bien investie

[...]

Faute de posséder quelque part un lopin
Elle s'était sur le Web fait son cybergarden
Rempli de fleurs sauvages embaumé de pollen
Elle était cyberconne et elle votait Jospin

[...]

L'agence Operator de l'avenue du Maine
Proposait des circuits vraiment époustouflants
Elle en avait relevé près d'une quarantaine
Qui lui apparaissaient plus que galvanisants

[...]

Elle est morte un matin sur l'île de Tralâlâ
Des mains d'un isIamiste anciennement franciscain
Prétendu insurgé et supposé mutin
Qui la viola deux fois puis la décapita

C'était une touriste qui se voulait rebelle
Lui était terroriste et se rêvait touriste
Et tous les deux étaient des altermondialistes
Leurs différences même n'étaient que virtuelles

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