lundi 22 novembre 2010

Stupeur et tremblements: Un salon de musique au 104

J'ai toujours su que je suivrais A. jusqu'au bout du monde. J'en veux pour preuve ma capacité à me lever à 8h un dimanche pour aller faire du Yoga à l'autre bout de Paris, dans un XVe aussi joyeux qu'un cimetière, le tout malgré mon corps verrouillé et la pluie molle et puante de Novembre. Alors quand elle m'a parlé de France Musique au 104 et qu'elle a caressé mon oreille de noms comme Saint-Saëns, Fauré et Chausson, je n'ai pas hésité une seconde, j'ai su que je voulais, eussé-je la mollesse de vous déplaire, comme aurait dit le petit N. dans la chronique épistolaire de François Morel sur une autre Radio France.

Et c'était génial. C'est-à-dire que malgré mon profond favoritisme pour les cordes équines en défaveur des vocales, j'ai été scotchée par Madame Léger, la bombe sexuelle en bustier qui, pardonnez-moi l'expression, envoyait du lourd sous son côté prude et orgasmique de soprano aux bras graciles. Et les femmes à violons m'ont charmée, surtout Fanny Clamagirand et ses tics: toujours caresser sa hanche de la paume de la main avant de prendre le manche du violon, sûrement un reste du trac et des mains moites propres aux anciens élèves du Conservatoire, toucher régulièrement sa mentonnière, talisman rassurant et chaleureux sur une scène vide et noire... et fendre l'air de ses bras, faire glisser ses doigts et vibrer son corps, les pieds solidement ancrés dans le sol. Emmener l'auditoire dans un monde au-delà de la raison, dicté par les émotions de ses sourcils et de son front, loin si loin des mots ternes du sentiment. Enfin  Igor Tchetuev, le poisson du piano. Je crois que je suis tombée amoureuse d'un visage enfant cabotin transfiguré par la violence des lignes de la partition et d'un corps figé sur un banc mais parcouru d'élans inhumains trop humains seulement dignes d'un coït mythologique.

C'est que la magie de la musique, quelle qu'elle soit, réside en ceci qu'elle est l'alchimie entre les notes de son auteur et l'investissement de son interprète, qu'elle ne peut être bonne que si elle est juste et que son existence même me rassure. Alors, A., merci encore.




Et c'est diffusé le 10 décembre à 12h30 sur France Musique

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