jeudi 24 mars 2011

True grit, les frères Cohen à cran

Je crois que ce film tient à peu de choses. C'est-à-dire que son esthétisme est parfait: on est bien chez les cowboys. L'idée de rejouer le voyage initiatique en version féminine aussi, c'est pas mal. Pas nouveau, pas révolutionnaire et pas merveilleusement bien traité mais pas mal. Les acteurs, crédibles, même Matt Damon avec sa moustache et son épi: il a du relief. La durée, le rythme, les couleurs, les méchants et les chevaux: ok.

Mais on en sort dérangé, comme après une soupe mal digérée. C'est que la fille du voyage, elle finit vieille (fille) avec une gueule de macaque mal baisé, l'air aussi dur et bonne en affaires que la petite fille du début: un caractère inchangé. On l'imaginait Calamity Jane alors qu'elle remet sa robe bien coupée et parle encore le même langage peu châtié, rêche et d'une honnêteté brute de décoffrage. Un caractère est un caractère, once and for all?

Il me semble en fait que tout le film tient à ce règlement de comptes qui le motive et va pourtant se solder en une seconde, le fusil à la main dans l'urgence de l'instant. Ce que je veux dire par là: on ne nous sert pas ce qui a été vendu et c'est tant mieux. Ce que je veux dire par là c'est qu'elle nous aurait presque arraché des larmes au début, bornée qu'elle était par sa mission: la vengeance du père. Ce que je veux dire par là, c'est qu'on oublie presque le père vu qu'il est sublimé, transformé. Ce que je veux dire par là c'est qu'elle accomplit finalement sa mission ou que la mission s'accomplit pour elle: elle part en quête de revanche et gagne finalement une prolongation de son enfance: portée dans l'urgence à travers une nuit étoilée comme on n'en voit que sur les planches de BD, elle rend à son compagnon de route un rôle qui lui a été volé par son ex-femme, le rôle du père, justement.

C'est peu de choses et c'est ce qui nous frustre, nous dérange, mais c'est précisément ce qui fait que ce film n'est pas une simple redite, pas un pauvre effet de style. Alors on aime, malgré la caricature des effets du whisky et les quelques scènes de genre aux rebondissements prévisibles et on voudrait nous aussi  avoir une deuxième chance au nom du père (Happy belated birthday P.).


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