jeudi 25 octobre 2012

Code Magazine et le Palais de Tokyo

Tu sais ce soir-là où tu n'avais rien de prévu. Enfin si mais loin et cher. Où tu ne savais pas. Et puis la solitude dans Paris, ça n'a pas de prix. Alors à 10 minutes du début de l'évènement tu te décides, tu prends le bus et tu vas à Alma. Comme ça. Pour la nuit dans le bus à Paris. Pour le Palais la nuit. A cause de cette 'Grotte Stellaire' tissée dont on t'a parlé. Un truc qui te rappelle tes rêves d'enfant, quand la nuit est encore belle. Un peu de Lascaux aussi. Nécessairement. Et puis les tissages d'A. Dedans tu sais pas ce qu'il y aura. Tu sais juste que t'as reçu une invitation virtuelle et que l'entrée est gratuite. A l'arrivée, les sons montent des entrailles du Palais de Tokyo. Effluves de saxophones saupoudrées de nappes électroniques. C'est bien, ça rentre par la chatte jusque dans les poumons. Une façon comme une autre de se mettre en jambes. 

Le sous-sol du Palais de Tokyo c'est un sous-sol comme un autre avec des oeuvres en plus. Il y a ces plantes métalliques qui ressemblent aux productions de la colocataire. Ces tissages qui sont moins bien que ceux de A. mais assez marrants tout de même. Tu t'assois, tu attends, tu écris. Et puis le saxo s'éteint et on te dit que ça se passe à l'étage dans la fameuse cave-grotte qui est en réalité une salle de projection. Musique Post-Bourgeoise que ça s'appelle. D'emblée tu te souviens qu'il y a une raison pour laquelle tu écris. Parce qu'il y a des gens. Parce que ça tremble du dedans. Parce qu'on dirait pas comme ça mais t'as probablement failli crever d'ennui. Alors même que ces derniers temps sont sensés être la sortie de l'ennui. Peut être parce que la vie est une salope cruelle comme Paris. Et là sur scène ça grince. Tu pourrais dire comme ça à toute vitesse sans respirer Oulipo-Monty-Python-Vian-Sardon-Surréel que ça sonnerait faux et que ça ne dirait rien. C'est bien plus fort que ça. Il faudrait remonter à ta découverte de Chassol à la Gaîté pour avoir un truc qui te parlerait du dedans. Mais là encore. Pas tout à fait. Les textes, putain les textes. Le son, putain le son. Le jeu du mec à barbe, putain le jeu du mec à barbe. Tu ris, ça grince. Tu cries, ça grince. Tu danses et ça grince encore. Mais tous les soirs tu le sais tu pourrais remettre ça.

Après, les beaux gosses de Who makes Anita shake montent sur la même scène et envoient un autre genre de son. Tu te crois de retour aux Etats Unis quand c'était bien et que le snobisme était pour les chiens. Collée au mur tu disparais, portée par la vague. Tout s'enchaîne. Tu pourrais fondre. Ton corps, une onde. Sans mièvrerie ou avec. Tu t'en fous tu voudrais fuir. Avec eux. Sans eux. Avec leur musique un peu. Guitares, claviers, voix. La magie opère vraiment sur la dernière, tu pourrais t'allonger et rester là toujours.

Et là comme ça, fulgurance, tu comprends que tous ceux qui n'étaient pas là ce soir, maintenant c'est eux qui n'ont pas vraiment de raison d'être au monde. La soirée, c'était pour le lancement d'un numéro de Code. Donc à partir de maintenant, tu vas faire très attention à ce qui se passe dans le sillage de Code.


Julien Salaud, 'Grotte Stellaire', photo André Morin 


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