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samedi 13 octobre 2012

Jean-Baptiste Lenglet - The lost city museum

Là comme ça, si tu me le demandais cash, je te dirais que je n'ai pas particulièrement d'affection pour les élèves qui sortent des Beaux Arts. Il y a bien une fille autrefois quelque part qui m'a incitée à déborder du cadre et à faire ce que j'avais à faire mais c'est parce que c'était elle, pas à cause de son école. Le seul intérêt, l'intérêt fondamental, de ces formations classiques et à la française, c'est qu'elles défendent un certain droit à l'ennui et à l'errance comme lieu d'émergence de la pensée et des formes. Mais sinon, ce n'est certainement pas l'étiquette d'une formation qui va m'inciter à m'intéresser à la production de quelqu'un. Voilà le genre de discours rouillé et un peu creux que j'ai tenu à mon amie E. quand elle m'a proposé de l'accompagner à une journée de portes ouvertes aux Beaux Arts de Paris en juin dernier. Sortie de là elle me rappelle et me dis tu sais je crois que j'ai été un peu bouleversée. Si elle dit ça elle, c'est qu'il s'est forcément passé quelque chose d'important. C'est certain, c'est comme ça elle à l'oeil à fleur de peau, la même que moi.

Depuis le 6 october dernier et pour encore quelques semaines, la galerie Florence Leoni présente « The Lost City Museum », la première exposition monographique de Jean-Baptiste Lenglet. Diplômé félicité en 2012 de l’ENSBA, Jean-Baptiste Lenglet est un mec comme un autre. C'est-à-dire qu'il a grandi dans une époque et qu'il y réagit comme il peut. Dans son cas réagir signifiait passer par une formation en audiovisuel et par les Beaux Arts. Dans son cas réagir c'est s'immerger dans les techniques modernes, se confronter à tous les supports véhiculant la culture et produire une oeuvre dont le sens réside dans les interstices entre tous les mediums auxquels il s'attaque. 

« The Lost City Museum » présente en son coeur l'installation A Nightmare on Opi Street. Parcours labyrinthique, décor d'un film qui n'existe pas et qui est pourtant l'écho très précis d'un film de genre bien réel mais qui parle d'une culture, de deux cultures encore plus réelles que le film dont on parle et qui n'existe pas met en scène - A nightmare on Opi Street vient interroger le spectateur, par le détour d'une proposition complexe et puissante, sur son rapport à la violence et à la destruction comme moteur et réponse à l'inachevé. Si ce sont les cultures américaine et amérindiennes dont il est question dans le travail de Lenglet, le vrai sujet est peut-être plus à chercher du côté du générationnel. Société de l'éphémère et de l'ultra-saturation visuelle et sonore, le monde dans lequel la jeune génération grandit est violent - c'est ce qu'on en dit et c'est vrai. Là où le travail de Lenglet fait sens c'est qu'il ne se contente pas de dénoncer la surcharge d'informations à laquelle il est constamment confronté (on se demande même si le terme de dénonciation fait sens tant il est limitatif), il propose une réponse dans le silence qui peut s'installer et qui s'installe effectivement entre toutes ces couches de données qui nous assaillent au quotidien. En outre, l'oeuvre kaléidoscopique est fondamentalement ludique, invitant le public à effectuer une quête dont le résultat, accidentel, est celui d'une rencontre de soi avec soi. Et finalement c'est bien ça: le fun, on aime.




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