mercredi 24 septembre 2014

Mange tes morts

"Maintenant la société je l'encule."

Il y avait Party Girl qui m'avait fait chier. Comme un Confessions Intimes pour parvenus économiques et sociaux, un beau geste de condescendance sauce FEMIS. Je pouvais presque sentir la trique qu'avait eue le producteur en pensant au sceau de l'authentique: impossible de détruire le film sans détruire la vie/vision de son réalisateur, impossible de froncer les sourcils sans cracher à la gueule de son actrice, la vraiment merveilleuse Angélique. Comme ils le disent au début de la vidéo que tu trouveras en lien, ils ont décidé de décerner la Caméra d'or à un film sauvage, généreux et mal élevé. On y voit certes une entraîneuse fanée, femme ardente et fatale pour tous, un milieu sordide plein de demis frères et sœurs de pères différents et parfois inconnus. On y voit aussi du vrai de vrai et peut être un peu de faux. On compatit, on admire. En plus de ça l'image est belle, l'esthétique Sundance est passée par là. C'est tragique et léger, c'est la vie. Pourtant, impossible de sortir de là sans se sentir un peu sali, complice. Et tout le problème est là, le spectateur se retrouve voyeur, témoin indiscret de déchirures et de larmes, de réconciliations, de corps qui se refusent et de désirs mal placés. Tout ça parce que, comme pour le terrible Pour en finir avec Eddy Bellegueule, il est question pour le créateur d'affirmer sa position extérieure aux scènes qu'il raconte, qui sont pourtant siennes, et qu'il voudrait présenter comme si elles ne l'avaient pas atteint. Vouloir être cool en reniant, on sait que c'est de la merde depuis que le coq a chanté. Forcer le public/lectorat à apprécier avec des outils qui sont de l'ordre de l'empathie salace, de la guimauve écoeurante surnageant dans un baril de chiasse populaire, c'est vraiment pas sympa (dans le film, bien évidemment, il y a de l'amour et de la maladresse mais pas de méchanceté attends voyons t'es pas bien).

"T'es pas trop l'bienvenu ici hein."

Mange tes morts est radicalement différent et d'aucuns argueront qu'ils s'agit simplement d'une question de degrés puisque les deux travaux susmentionnés parlent/montrent vraiment du vrai tandis que chez Mange on voit une vraie bande de gitans qui nous joue une histoire vraisemblable. Soit. Mais la différence principale n'est pas dans l'assaisonnement fictionnel. Elle est dans cette fameuse générosité non pas des acteurs mais des faiseurs, de ceux qui décident de nous infliger ça. Mange tes morts est tout aussi beau esthétiquement que Party Girl. Tout aussi sordide. Tout aussi humain pas poli. Mais il nous montre sans nous forcer à voir. Il étend son propos au monde depuis l'espace confiné d'un bolide qui pendant des heures tourne en rond sans savoir où aller au lieu de le confiner à un nombril par corps interposés. Il nous raconte quelque chose au lieu d'exhiber gratuitement. Il fait sens, il perturbe, il construit. Il putain d'écoute le BABA du mimesis et catharsis. Celui dont on nous a parlé en sixième quand il était question de Molière pour la première fois. Et quand il y a cette scène acmé où Fred sort de son Alpina pour aller narguer les flics, c'est presque trop gros comme dans les contes de fée - ça fait rêver.




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