lundi 29 juin 2020

Kongo @ 3 Luxembourg

il sera spirituel

C'est directement avec l'apôtre, avec les sirènes, le sang que l'on boit. C'est la pluie sans fin, les routes cabossées, le maillot de foot, les couleurs. C'est le marché. C'est la peau et le nez, une langue presque même. C'est ce que lui voit, que mes yeux ne savent pas. C'est traduire l'image pour l'image, le mot pour le mot, le geste. C'est la course, c'est joué. Ce sont des traits parfois la nuit sur un papier épais, ce sont des traits encore de jour dans un cahier d'écolier. Ce sont des paroles de lui ou d'elle, une voix qui ne change pas, qui occupe l'espace, qui n'a pas peur de parler. C'est la maman assoiffée à qui l'on donne de la bière, c'est toute l'histoire de Primus. C'est on pourrait te raconter mais quoi et pourquoi, c'est on pourrait se plaindre mais de quoi et pourquoi. C'est qu'on est toujours lésés, toujours effrayés, toujours vulnérables et souverains. C'est d'y être plongé, d'être avec, d'être dans. C'est de voir pour le croire, de croire sans voir, c'est savoir. C'est quand filmer c'est panser, quand il y a un pacte, quand on regarde, quand on entend. Qu'est-ce qu'on pourrait bien voir ou savoir de ce monde d'avant, ce sont les ancêtres dans la terre, ce sont les droits de chacun, un maillage. C'est l'injustice terrible, la foudre, le jugement, c'est une mère qui pleure, un 0033.   

C'est une fable, c'est intime, complètement autre, et c'est le monde. C'est géant, ce sont des tenues, des vêtements, des symboles mélangés et c'est le maillet d'hommes de peau noire sur la pierre, de machines rapides sur la pierre, de chinois. C'est le monde. Les restes du monde. Le reste du monde. C'est pourquoi ces enfants-là, pourquoi cette nuit-là, pourquoi cet éclair-là. C'est après Jean Rouch et c'est aujourd'hui. L'image est évidemment aujourd'hui. Elle dit tout, elle dit qu'elle accompagne et qu'elle joue, elle dit qu'elle interroge et qu'elle montre, elle dit qu'elle aime et qu'elle touche, qu'elle se laisse toucher. C'est être ensemble et s'entendre, c'est vivant, c'est sauver, c'est présent. C'est en bouteille mais on les vide ou on les jette, c'est sans expliquer. C'est pas le sorcier, pas le mal, c'est jamais vouloir le mal, c'est ne pas céder au mal. C'est plongé. C'est une caresse et c'est vrai, c'est étranger et vrai, ce n'est pas exotique, ce n'est pas loin. C'est politique, c'est l'Odyssée et c'est le diable. C'est tout ce qu'on pourrait soigner. 

Un petit chat, des bougies, une fourmi, les remous du fleuve, la jambe d'un homme, la transe des femmes, la mort du prophète, le quotidien.


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